Il
existe plusieurs classifications permettant d'identifier et de
décrire les tourbières, qui font référence
à certains de leurs caractères. Ainsi, parmi ceux
généralement retenus, les influences climatiques
et biogéographiques permettent de distinguer, selon leur
répartition, des tourbières boréales, atlantiques,
continentales, méditerranéennes, tropicales ou équatoriales...
L'acidité du milieu permet d'opposer les tourbières
acides (ou acidiphiles) aux tourbières basiques (ou alcalines),
l'échelle des valeurs de pH rencontrées en tourbières
s'étendant de pH 3 (acide) à pH 8 (alcalin) avec
une frontière biologique se situant autour de pH 5,5. Le
niveau trophique, qui fait référence à la
teneur du milieu en éléments nutritifs dissous,
notamment en azote et phosphore, permet de distinguer les tourbières
oligotrophes pauvres en éléments minéraux,
des tourbières eutrophes fortement minéralisées,
les tourbières intermédiaires étant qualifiées
de mésotrophes. D'autres critères sont également
utilisés, comme la morphologie des tourbières (plates,
bombées...), leur situation géomorphologique (de
fond de vallon, de pente, de surcreusement glaciaire...) ou leur
végétation dominante (tourbières à
sphaignes, à grandes ou à petites laîches,
à roseaux...).
La
classification la plus intéressante aujourd'hui tient compte
à la fois de l'origine (termes en -"gène")
et du mode d'alimentation hydrique (termes en -"trophe")
des tourbières. Elle constitue la classification moderne
de ces milieux, récemment développée par
Julve (1994, 1996, 1997).
Lorsque
les conditions d'un bilan hydrique positif sont réunies,
associées à une production de matière organique
excédentaire, les processus de turbification pourront s'amorcer
et donner naissance à différents types de tourbières
en fonction des conditions de leur formation.

Ainsi,
les tourbières topogènes résultent de l'accumulation
des eaux, provenant de ruissellements ou d'une nappe affleurante,
dans une dépression topographique. Les tourbières
limnogènes sont issues de l'atterrissement progressif d'une
pièce d'eau à partir de radeaux végétaux
flottants. Les tourbières soligènes naissent à
la faveur d'un écoulement lent et continu le long d'une
faible pente (sources, suintements). Les tourbières fluviogènes
(ou telmatogènes) proviennent de l'inondation périodique
d'une vallée par un cours d'eau ou une nappe alluviale.
Les tourbières ombrogènes, enfin, naissent lorsque
les précipitations, abondantes, constituent la seule source
hydrique responsable de la turbification. Deux autres types de
tourbières peuvent être cités, bien que marginaux
en France : les tourbières thalassogènes qui naissent
au contact entre des eaux douces et des eaux marines (pannes dunaires
et tourbières de transgression marine) et les tourbières
condensarogènes issues de la condensation atmosphérique,
notamment dans certains éboulis rocheux d'altitude (Alpes).
Quel
que soit leur mode de genèse, les tourbières pourront
être de type minérotrophe (ou géotrophe) ou
de type ombrotrophe, en fonction de leur mode d'alimentation hydrique.
Dans le cas d'une alimentation minérotrophique, les eaux
proviennent d'écoulements latéraux et ont été
en contact avec le substratum géologique. Au contact du
sol, ces eaux se sont généralement enrichies en
substances minérales dissoutes, dans des proportions variables
dépendant de la nature du substratum. Aussi, les tourbières
minérotrophes sont très variées, acides à
alcalines, oligotrophes à eutrophes. On les nomme bas-marais,
tourbières basses ou tourbières plates ("fens"
en anglais) car leur surface est généralement très
proche de celle de leur nappe d'alimentation. Les tourbières
ombrotrophes, que l'on rencontre sous des climats très
pluvieux, ne sont, quant à elles, alimentées que
par les eaux météoriques (pluie, neige, brouillard),
acides et pauvres en ions minéraux. Elles donnent alors
naissance à des tourbières toujours acides et oligotrophes,
dominées par les sphaignes et appelées hauts-marais,
tourbières hautes ou tourbières bombées ("bogs"
en anglais) en raison de la forme de dôme généralement
prise par leur surface.
Entre
les différents types de tourbières ainsi définis,
tant du point de vue de leur mode de genèse que de celui
de leur alimentation, des cas intermédiaires existent.
Ainsi, par exemple, une tourbière issue à la fois
d'un écoulement d'eau le long d'une pente et de l'accumulation
de cette eau dans le sol au bas de la pente sera qualifiée
de soli-topogène. D'autre part, il arrive souvent que les
deux modes d'alimentation, minérotrophique et ombrotrophique,
coexistent sur une même tourbière alors qualifiée
de tourbière mixte. Entre les secteurs ombrotrophes et
minérotrophes du site se développe alors une tourbière
présentant des caractéristiques intermédiaires
entre ces deux faciès, notamment du point de vue de ses
caractéristiques chimiques (pH, minéralisation...)
et, par voie de conséquence de sa végétation,
que l'on nomme ainsi tourbière de transition.
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