A
travers les tourbières de Saint-Pierre et Miquelon
Par Roger Etcheberry*, Daniel Abraham** et Francis Muller***
PRESENTATION
DE L'ARCHIPEL DE ST-PIERRE-ET-MIQUELON
Les îles Saint-Pierre et Miquelon sont situées en Amérique
du Nord, tout près de la côte sud de Terre-Neuve, soit
à environ 20 km de la péninsule de Burin par 46°50'
de latitude nord, c'est à dire environ 200 km plus au sud que
la ville de Paris. Les îles ont une superficie totale de 242
km², si on inclut les quelques dizaines de kilomètres
carrés de lagunes. L'archipel est allongé dans la direction
nord-sud sur une distance de quelque 50 km.
Les trois îles principales de l'archipel ont une topographie
variée. A Miquelon, la plus grande des îles, la partie
centrale montagneuse est entourée d'une large plaine côtière
; le Cap de Miquelon, à l'extrémité nord de l'île,
est un plateau élevé. A Langlade, un plateau de quelque
100 m d'altitude occupe la plus grande partie de l'île. L'isthme
de sable qui relie Langlade à Miquelon ne s'est fermé
qu'au 18e siècle. St-Pierre, la troisième île
en superficie, comporte un plateau et une plaine parsemée de
basses collines. C'est sur cette plaine que se trouve la ville de
St-Pierre, la principale agglomération de cette collectivité
territoriale française de 6600 habitants. Plusieurs îles
de plus petite taille font partie de l'archipel et se retrouvent surtout
à proximité de St-Pierre.
La géologie a été étudiée par AUBERT
DE LA RÜE (1951) et RABU, CHAUVEL et al. (1994). Les îles
de Miquelon et de St-Pierre sont surtout constituées de roches
volcaniques, principalement de rhyolite. Le Cap de Miquelon est un
ensemble complexe de roches métamorphiques. Langlade est formée
en majeure partie de roches sédimentaires ; les schistes et
le quartzite dominent, mais le calcaire n'est pas totalement absent.
La température moyenne annuelle de 5,5°C, intimement liée
à celle de la mer, nous vaut des printemps habituellement frais
et brumeux, et, à l'inverse, des automnes plus tempérés
que sur le continent voisin. La température moyenne de février,
le mois le plus froid, est de -3°. Celle du mois d'août
est de 15,7°. Les précipitations, généralement
bien distribuées tout au long de l'année sont en moyenne
de 1350 mm.
La rencontre entre le courant froid du Labrador et le courant chaud
du Gulf Stream est propice à la formation de brouillards parfois
persistants, surtout au printemps et en début d'été,
notamment en présence de vents du sud-ouest. Cette humidité
en suspension est un apport non négligeable d'eau provenant
directement de l'atmosphère. Ceci est parfaitement illustré
par la présence du Scirpe cespiteux (Scirpus cespitosus) que
l'on trouve à la fois dans les tourbières et sur la
plupart de nos sommets.
LA SITUATION DES TOURBIERES
Les tourbières occupent plus de
la moitié de la superficie de l'archipel. A ce jour, aucune
étude approfondie ne leur a été consacrée.
Cependant les études [WELLS & POLLETT, 1983] menées
notamment dans la partie sud-est de la grande île voisine
de Terre-Neuve (1/5 de la France métropolitaine en superficie)
nous permettent certaines extrapolations.
Mares
tourbeuses à Sparganium près des falaises du Cap Miquelon
Nous
disposons d'une bonne connaissance des plantes des tourbières
de Saint-Pierre et Miquelon bien qu'aucune étude phytosociologique
n'ait été réalisée. Les tourbières
de l'archipel entrent dans les deux catégories principales
: ombrotrophiques et minérotrophiques. Le visiteur sera
impressionné par la véritable mosaïque que
constituent nos tourbières, depuis les sites oligotrophes
à Sphagnum fuscum et à Lichens du genre Cladonia
et à Platanthera blephariglottis jusqu'aux sites mésotrophes
à Chamaedaphne calyculata, Kalmia polifolia, Myrica gale
Ces mosaïques comportent des tourbières en bourrelet
en bord des étangs, en bordure de ruisseaux. Elles sont
présentes tant sur les terrains plans et horizontaux que
sur les pentes, et jusqu'en bord de mer, comme près de
falaises du Cap Miquelon, où les embruns apporteraient
un complément de certains sels minéraux marins.
Ainsi, presque chaque mètre carré se distingue du
voisin par un aspect et une composition spécifique propres.
Quatre tourbières minérotrophiques principales se
distinguent sur l'île de Miquelon. On y trouve notamment
Carex chordorrhiza, qui n'est noté à Terre-Neuve
que dans la péninsule du Nord. La tourbière du ruisseau
noir de Dolisie à Langlade, notée également
comme riche, n'a pas été étudiée en
détail. Une autre tourbière est présente
dans la vallée moyenne de la 'Belle Rivière'.
* : BP 8216, 14, bd des Terre-Neuvas, F-97500 Miquelon, retchebe@cheznoo.net
** : 32 Rue Brue Saint Pierre BP 968, F-97500 St-Pierre et Miquelon,
danart20@hotmail.com *** : Pôle relais tourbières, Fédération
des conservatoires d'espaces naturels, 32 Grande Rue, F-25000
Besançon, francis.muller@enf-conservatoires.org