LES SYSTEMES
MARECAGEUX ET TOURBEUX DE L'ILE DE LA REUNION
par O. MANNEVILLE
LECA
- Biologie D - Université Joseph Fourier - BP 53 - F-38041
GRENOBLE CEDEX 9 Olivier.Manneville@ujf-grenoble.fr
L'île de La
Réunion, département français d'outre-mer appartenant
à l'archipel des Mascareignes, est une île océanique
réputée pour ses caractéristiques extrêmes
: cyclones très violents et pluies exceptionnelles (plus
d'un mètre d'eau en un jour, en février 1993), relief
abrupt (de - 2000 m sous l'océan à 3000 m pour un
diamètre de 65 km), activité volcanique régulière
et quasi annuelle. A 700 km de Madagascar, à 9000 km de Paris
ou de l'Australie environ, et proche du 22° parallèle
au sud de l'Equateur, la Réunion a une superficie de 2500
km2.
Les biocénoses de l'île sont extrêmement intéressantes
pour l'écologue ; on y trouve un raccourci saisissant, un
peu incomplet cependant, car il n'y a pas de mangroves, des particularités
des régions intertropicales : récif corallien, forêt
ombrophile, savane, forêt et formation basse d'altitude, endémisme
et spéciation, introduction de pestes végétales
et dégradation des espaces naturels. La forte densité
de la population (650 000 personnes) pourrait représenter
une menace pour les équilibres naturels. Un projet de parc
national est en cours d'élaboration, et concernerait les
altitudes moyennes et hautes avec les habitats terrestres les mieux
conservés. En effet, la majeure partie de la population vit
sur le littoral ou sur les pentes basses, ce qui a abouti à
des dégradations importantes du couvert végétal.
Il existe actuellement deux réserves naturelles nationales
: celle de Mare-Longue, au sud et à basse altitude, qui englobe
un sentier botanique, et celle de Roche-Ecrite, dans les hauteurs
septentrionales ; une troisième est envisagée et concernerait
l'Etang de Saint-Paul, sur le littoral nord-ouest.
Lien vers : Carte
de l'Ile de La Réunion, grands ensembles et position des
zones humides et de certains sites
I.
Rappel de quelques caractéristiques géologiques et
climatiques
L'île de La Réunion date de moins de 10 millions d'années
et comporte deux massifs volcaniques, séparés par
un replat (Plaine des Cafres, 1600 m) : le Piton des Neiges (3060
m), plus ancien et actuellement inactif, et le Piton de la Fournaise
(2600 m), encore actif, vers le Sud-Est. Les roches sont donc essentiellement
des basaltes et des roches dérivées, avec leur cortège
de sédiments associés (galets et sables des plages,
fleuves et deltas). A l'Ouest, certaines plages sont formées
de sable blanc, d'origine corallienne, qui contraste vivement avec
la couleur locale presque noire. Les reliefs encore jeunes sont
impressionnants, pentes presque verticales, découpures et
pics, cirques centraux, et soumis à une forte érosion.
Autour de la Fournaise, on remarque plusieurs décrochements
verticaux concentriques, de 100 à 300 m de haut, qui correspondent
aux rebords, nommés localement remparts, de plusieurs caldeiras.
Son climat est de type tropical océanique, donc chaud et
relativement humide, avec de grandes différences locales
suivant l'orientation aux vents dominants, venant du Sud-Est : une
saison fraîche de mai à novembre avec les alizés
et une saison chaude de décembre à avril avec les
cyclones et de grosses pluies. Les températures moyennes
mensuelles, au niveau de la mer, oscillent entre 20° et 26°
C au cours de l'année et diminuent rapidement en montant
en altitude, d'autant plus que les hauts des pentes se retrouvent
souvent dans d'épais nuages dès le début de
l'après-midi. Il gèle régulièrement
l'hiver au-dessus de 1600 m, mais il n'y presque jamais de neige,
malgré le nom du point culminant. La pluviométrie
annuelle varie de 1 m (versant sous le vent, sur le littoral de
St Gilles et St Leu) à 8-9 m (hauteurs au vent de Takamaka)
; certaines années, la Réunion frôle le record
du monde avec 10 m d'eau en un seul site pour 12 mois. Ce fort gradient
d'humidité allié à la forte dénivellation
est à l'origine de la grande diversité des formations
végétales.
Enfin, on y observe de très nombreux fleuves torrentiels,
appelés rivières ou ravines suivant leur importance,
parallèles les uns aux autres et descendant en ligne droite
des sommets. Ils sont à sec la plupart du temps, mais, devant
écouler d'énormes pluies cycloniques certains jours,
ils possèdent un lit majeur très encaissé par
l'érosion et parfois très large, de l'ordre du kilomètre
pour les trois rivières drainant les cirques du massif de
la Fournaise, et débouchent sur de grands deltas pleins de
blocs et galets.
II.
Caractéristiques de la flore
La flore totale (plantes
à fleurs et fougères) de La Réunion doit dépasser
les 1600 espèces, dont 650 indigènes environ, 500
adventices et naturalisées (introduites par l'homme plus
ou moins volontairement) et le restant cultivées industriellement
ou pour l'ornement et le potager. Les deux dernières catégories
proviennent du monde entier et, si le fond de la flore est tropical,
bon nombre d'espèces tempérées y poussent bien,
surtout en altitude. Les espèces autochtones sont presque
toutes issues de Madagascar ou d'Afrique ; les souches en sont arrivées
il y a quelques millions d'années, pour coloniser progressivement
les volcans dénudés, grâce au vent, à
l'océan ou aux oiseaux. Ces souches sont soit restées
inchangées (espèces à large répartition)
ou bien elles ont évolué pour donner de nouvelles
espèces cantonnées à l'ensemble des Mascareignes
ou à l'une seulement de ces îles : ce sont ces endémiques
qui font une bonne partie de l'intérêt botanique de
ces îles. Environ 200 plantes endémiques ne vivent
qu'à La Réunion, dont certaines excessivement rares.
A basse altitude, les espèces appartiennent souvent à
des familles ou, du moins, à des genres inconnus en Europe,
dont beaucoup d'épiphytes tandis que la flore d'altitude
nous est beaucoup plus familière (Ericacées, Astéracées,
Cypéracées).
Quarante espèces environ sont devenues de véritables
"pestes végétales" et gênent le développement
des espèces indigènes et leur régénération
; ce problème est général dans tous les écosystèmes
naturels insulaires tropicaux qui résistent très mal
à l'invasion d'espèces exotiques. Ces plantes invasives
proviennent de tous les continents, comme, par exemple, l'ajonc
d'Europe et le filao d'Australie ; dans les milieux humides, il
s'agit surtout du songe, Aracée d'Asie tropicale, et de la
jacinthe d'eau, Pontédériacée du Brésil.
Enfin, de nombreuses bryophytes profitent du climat très
humide, surtout hépatiques et sphaignes.
III. Diversité et étagement de
la végétation - position des zones humides
La diversité
des climats locaux conditionne la grande diversité des formations
végétales : littoral boisé ou non, savane et
brousses d'épineux grillées par le soleil (végétation
secondaire), palmeraie secondaire et étang de Saint-Paul,
forêt sèche résiduelle réfugiée
dans les zones inaccessibles sous le vent, forêt tropicale
chaude humide ou bois de couleurs des Bas très riche en ligneux
et fougères, cultures de canne à sucre, de vanille
ou de géranium rosat, bois de tamarins des Hauts avec un
bambou endémique, le calumet, plutôt sous le vent,
forêt tropicale fraîche humide ou bois de couleurs des
Hauts à fanjans et mahots, bois secondaires de filaos recolonisant
les coulées de lave récentes, landes hautes ou basses
d'altitude à Ericacées et Composées (voir lCADET,
1980, et BLANCHARD, 2000, pour plus de précisions).
Le tableau et le schéma ci-dessous présentent la zonation
altitudinale de la végétation et permettent de resituer
les divers écosystèmes les uns par rapport aux autres
et par rapport à l'altitude, l'orientation, la température
et la pluviosité annuelles moyennes. On y remarque tout d'abord
la très nette opposition entre le versant de l'île
au vent (Sud-Est, face aux alizés) et celui sous le vent
(Nord-Ouest, à l'abri). Sur le premier, plus humide, la forêt
hygrothermophile ainsi que les champs de canne à sucre descendent
jusqu'à la côte, tandis que sur le versant plus sec,
à l'ouest, la 'savane' et la forêt sèche s'intercalent
entre le littoral et cette forêt humide.
Etagement et limites altitudinales des principaux types de formations
végétales
Le versant au vent (alizés) est à l'Est.
ZONATION
ALTITUDINALE DE LA VEGETATION NATURELLE
OU SECONDAIRE A L'ILE DE LA REUNION |
|
ETAGE
(P = pluviosité)
(T = température)
|
COTE
SOUS LE VENT (Nord-Ouest)
|
COTE
AU VENT (Sud-Est)
|
|
Rochers
et sables d'altitude
|
quelques
rares plantes (Senecio) disséminées dans un
univers minéral et volcanique très sec et
à forts contrastes thermiques (gel régulier
durant la nuit)
|
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Microthermique
hygrophile
3m<P<8m /an
T moy. <12°c
gelées en hiver
|
1900-2700m
- landes (branles) basses à arbrisseaux éricoïdes
: Ericacées, Philippia et Agauria ; Composées,
Senecio, Psiadia, Helichrysum et Stoebe ; Rhamnacées,
Phylica Hypéricacées, Hypericum ; Fabacées,
Sophora)
(la branle peut descendre jusqu'à 1000m)
|
1600-2700m
- rares pelouses assez sèches
- prairies tourbeuses (Cypéracées et Graminées)
en mosaïque avec branles
(végétation
des deux versants semblables)
|
|
Mésothermique
hygrophile
1,8m<P<8m /an
T moy. <17,5°c
|
1100-1900m
riches en endémiques
- bois de tamarin des Hauts (Acacia heterophylla) et bambou
calumet (Nastus borbonicus), peu d'espèces
- bois de couleur des Hauts à mahots (Dombeya-Sterculiacées),
fougères géantes ou fanjans (Cyathea), nombreux
arbustes et épiphytes
|
800-1600m
- bois de couleur des Hauts (voir autre versant)
- branles hautes, denses, tourbeuses et pauvres, (avounes)
à Ericacées, fougères, Orchidées,
sphaignes, lichens (parfois plus haut en altitude)
- fourrés tourbeux à Pandanus montanus (8m
d'eau), sphaignes, fougères et Cypéracées
|
|
Mégathermique
hygrophile
1,8m<P<5m /an
T moy. >17,5°c
|
700-1100m
- forêt de bois de couleur des Bas, dense, toujours
verte, riche en ligneux (familles tropicales : Sapotacées,
Ebenacées, Myrsinacées, Rubiacées,
Flacourtiacées et Myrtacées) et en épiphytes
(mousses et hépatiques, fougères, Orchidées)
(végétation des deux versants semblables)
|
0-800m
- végétation secondaire riche en adventices
et pestes de tous les continents
- beaucoup de cultures de canne à sucre surtout et
aussi de vanille, ananas,
- Grand Etang, à l'intérieur, à végétation
très secondarisée
|
|
Mégathermique
xéromésophile
P <1,8m /an
T moy. 24°c
|
10-700m
- forêt sèche endémique presque disparue,
réfugiée dans endroits inaccessibles
-savane secondaire à graminées et fourrés
à épineux caducifoliés (Fabacées),
faux poivrier et chokas, ricin, Albizzia lebbeck, Kalanchoë,
Cactacées exotiques
|
néant,
car trop humide et exposé aux alizés
|
|
Milieux
humides de basse altitude
|
- étang de Saint Paul (type oasis) avec plantes introduites
(papyrus, jacinthe d'eau, faux-poivrier)
- lagune du Gol à Saint Louis
- cascades de Trois Bassins
|
-
étang de Bois-Rouge (au nord du delta de la rivière
du Mat)
|
|
Littoral
forte régression de la flore indigène
|
-
barrière corallienne et lagons localisés
- plages de sables (filaos) à flore pantropicale
ou rocheuses assez dénudées
|
-
côte rocheuse très hostile (vagues), colonisées
par les filaos (Casuarina) ou les vacoas (Pandanus utilis),
parfois coulées récentes
|
Les fortes pentes et le substrat volcanique fissuré et perméable
ne sont pas globalement favorables à l'existence de nombreuses
zones humides, malgré une pluviométrie forte à
très forte sur plus des trois quarts de l'île. Les
quelques zones humides présentes, mis à part les plans
d'eau sans végétation qui existent également,
peuvent être réparties en divers types, que l'on comparera
à nos zones humides de régions tempérées.
Il faut préciser que, contrairement à l'île
Maurice, il n'y a pas de mangrove à La Réunion, ceci
à cause d'un littoral trop jeune et trop abrupt, impropre
à leur installation.
Tout d'abord, quelques grands marais arrière-littoraux sont
liés aux secteurs de sédiments assez fins, proches
des grands deltas ; ils sont de type eutrophe, à forte productivité
et fortement modifiés par les activités humaines,
et jouxtent des plans d'eau plus ou moins vastes : étang
de Saint-Paul, lagune du Gol à Saint-Louis, marais et étang
de Bois-Rouge. Ces sites présentent un certain intérêt
pour l'avifaune migratrice ou nicheuse locale, ainsi que pour les
poissons. Ils ont analogues à nos roselières et magnocariçaies,
tourbeuses ou non et présentent une légère
halophilie. Le site de Grand-Etang, situé à basse
altitude à l'intérieur des terres, présente
un niveau d'eau très variable et se retrouve régulièrement
à sec en saison sèche ; sa végétation
est dominée par quelques végétaux peu caractéristiques.
Sur les replats de moyenne altitude et situés face au vent,
comme dans la plaine des Palmistes, se développent des fourrés
tourbeux inextricables et très humides à Pandanus
montanus, Cypéracées, fougères et sphaignes
; il y tombe plus de 5 m d'eau par an, comme dans les habitats qui
suivent. On pourrait les comparer à nos aulnaies ou pinèdes
tourbeuses acides et oligotrophes. Plus haut encore, sur le versant
nord-est du Piton de la Fournaise et aussi vers l'ouest, existent
de petits lambeaux de prairies méso-oligotrophes tourbeuses,
gorgées d'eau à certaines périodes et nettement
plus sèches en surface à d'autres moments (le vent
et le fort ensoleillement du matin sont la cause d'une forte évapotranspiration)
qui ressemblent à certains de nos bas-marais à petits
Carex.
Enfin, entre 1000 et 2000 m d'altitude environ et en divers endroits
du secteur de l'ancien volcan (Roche-Ecrite, versants du Piton des
Neiges, plateau de Bélouve-Bébour,
), s'observent
des formations végétales étonnantes que l'on
nomme avounes. Il s'agit de landes hautes dominées par des
Ericacées du genre Philippia, les branles. Elles sont presque
aussi impénétrables et aussi hautes que certains maquis,
mais une observation du sol montre que la plupart d'entre elles
se rapprochent plus des landes tourbeuses à Ericacées
ou des stades finaux des tourbières bombées d'Europe
; en effet, on y trouve assez souvent des sphaignes se développant
sur une couche de tourbe fibreuse ou ligneuse de plus de 1 m d'épaissseur
et il est possible localement de monter sur ce dépôt
tourbeux bien solide. La diversité en plantes vasculaires
y est relativement faible, à cause de conditions très
acides et oligotrophes et aussi de la concurrence des branles.
IV.
Quelques exemples de marais et zones tourbeuses
(auteur des photos : O Manneville)
On illustrera
par quelques exemples précis la diversité des systèmes
marécageux ou tourbeux de La Réunion. A cause des
conditions météorologiques imprévisibles (menace
de cyclone ou nuages denses de l'après-midi), je n'ai pas
pu explorer ou photographier tous ces sites de façon optimale
; les données de la bibliographie m'ont servi à compléter
leur description (BLANCHARD, CADET).
| Vue
générale de l'Etang de Saint-Paul avec taches
de papyrus. |
Bord
de l'Etang de Saint-Paul :
papyrus, songe et faux-poivrier. |
Les
diverses ceintures le long de l'exutoire de l'Etang de Saint-Paul
; au premier plan, jacinthe d'eau et massette. |
 |
 |
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L'étang de Saint-Paul, bordé par une cocoteraie plantée,
comprend un plan d'eau de superficie variable suivant les saisons,
diverses ceintures de végétation de plus en plus atterries
et un exutoire le reliant à l'Océan. Les sols sont
toujours gorgés d'eau et présentent une alternance
d'horizons limoneux ou formés de débris végétaux
à demi-décomposés de type tourbe à roseaux.
Cette zone humide est très proche de zones urbanisées
ou artisanales en expansion et risque donc une eutrophisation rapide
ainsi qu'un grignotage périphérique. La végétation
se répartit en trois types de groupements, dont certains
sont envahis ou dominés par des espèces exotiques.
Les formations aquatiques comprennent des plantes immergées
(Najas madagascariensis, Elodea canadensis, Potamogeton pectinatus)
ou flottantes (Pistia stratiotes, Jussioea repens) et ont tendance
à être complètement recouvertes localement par
la jacinthe d'eau, Eichhornia crassipes ; les formations subaquatiques
ont une flore diversifiée et sont colonisées par de
grands hélophytes, tels que Cyperus papyrus, Phragmites mauritianus,
Typha domingensis et diverses Cypéracées, qu'accompagnent
localement Polygonum spp., le Songe ou Colocasia antiquorum, Ipomoea
cairica, Hydrocotyle spp. et une fougère aquatique ; enfin,
deux groupements hygrophiles correspondent aux ceintures externes
: - tout d'abord une prairie humide dominée par les Poacées
Paspalidium geminatum et Cynodon dactylon et la Verbénacée
Lippia nodiflora - ensuite s'installe un groupement ligneux caractérisé
par deux Malvacées des genres Hibiscus et Thespesia et par
la présence de diverses Fabacées et l'abondance de
l'Anacardiacée Schinus terebinthifolius ou faux poivrier,
arbuste originaire du Brésil.
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Fourrés
tourbeux à Pandanus montanus et Cypéracées
; Plaine des Palmistes - 1300 m.
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Avoune
sur tourbe à Bébour - 1600 m :
brande élevée (Philippia), sphaignes, lycopode
et lichens.
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Avoune
sur tourbe à Bébour - 1600 m :
brande élevée, sphaignes, ptéridophytes
et lichens.
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Les fourrés
tourbeux à Pandanus montanus, vacoa des Hauts ou pimpin,
recouvrent, d'après F. BLANCHARD, près de 5000 ha
sur les pentes Nord et Est de la Fournaise, dans la plaine des Palmistes
et dans les environs de Bébour. Ces fourrés sont très
souvent gorgés d'eau et difficilement pénétrables
à cause de l'abondance des racines-échasses des pimpins
dominants ; ceux-ci ont un " tronc " ramifié et
sont hauts de 3-4 m. Ils accueillent également deux autres
plantes au port de palmier, atteignant 6 m de haut et moins fréquentes
: une fougère arborescente parmi les trois espèces
de fanjans du genre présentes sur l'Ile, Cyathea glauca,
et le palmiste des Hauts, Acanthophoenix rubra, qui est devenu rare
à cause de son utilisation gastronomique. Dans les strates
inférieures, on trouve diverses Cypéracées,
dont Machaerina iridifolia dominante, avec ses feuilles en sabre
d'1 m de haut, et Rhynchospora sp., la fougère ubiquiste
à frondes dichotomiques Dicranopteris linearis et des tapis
ou buttes de sphaignes et autres cryptogames. Cinq espèces
de sphaignes ont été reconnues à La Réunion.
Les prairies semi-tourbeuses d'altitude forment une mosaïque
avec les landes, au nom local de branles, et d'autres formations
ligneuses basses, comme on peut le voir sur la photo du bassin supérieur
de la rivière de l'Est, au Nord de la Fournaise ; la couleur
brun clair correspond à l'état de la végétation
de ces groupements à la fin de la saison sèche (fin
décembre). Cette zone, difficile d'accès, n'a pas
pu être parcourue lors de mes deux voyages. Les stades pionniers
peu recouvrants sont caractérisés par Lycopodiella
affinis, diverses fougères héliophiles et mésohygrophiles,
diverses petites Cypéracées et Eriocaulon striatum,
une petite monocotylédone d'un genre rarissime en Europe
(tourbières d'Irlande). Les stades plus évolués
et fermés sont très nettement dominés par de
nombreuses espèces de Cypéracées et de Poacées
pérennes, à la systématique encore confuse
et dont certaines sont introduites à partir d'autres continents,
y compris l'Europe. Quelques buttes de sphaignes parsèment
ces formations ; il n'a pas été observé de
plantes carnivores à La Réunion.
Dans les secteurs centraux de Bélouve-Bébour et au
nord de la plaine des Caffres, à l'Est du Piton des Neiges,
essentiellement dans l'étage mésothermique, se rencontrent
de grandes surfaces de fourrés éricoïdes, sur
substrat de tourbe acide très typique. Ces avounes humides,
aux grandes bruyères de 3 à 5m de haut et aux troncs
tortueux plus ou moins couchés, sont vraiment impressionnantes
à parcourir par temps de brouillard et il faut faire attention
à ne pas quitter les sentiers pour éviter de se perdre
dans ce paysage sans visibilité. Quelques autres ligneux,
issus des bois dits de couleur des Hauts, rompent la monotonie des
Philippia montana. Sur le sol jonché de branches mortes ou
non, vivent de nombreuses plantes d'ordinaire épiphytes :
quelques Orchidées et de nombreuses fougères des genres
Oleandra, Blechnum, Hymenophyllum. Autour de la base des troncs
et sur l'humus, s'observent en abondance des bryophytes, Sphagnum,
Polytrichum, Campylopus et des hépatiques, tandis que les
talus de tourbe éclairés accueillent des lichens Cladoniacées
et le Lycopodium clavatum ssp. borbonicum.
|
Secteur
du volcan de la Fournaise - 2000 m : landes basses au premier
plan et zones tourbeuses des Hauts de la Rivière
de l'Est en arrière-plan.
|
Forêt
hygrophile d'altitude à fougères arborescentes
du genre Cyathea et à Dombeya spp. ;
Bébour - 1500 m.
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Conclusions
La conservation des
espèces végétales endémiques et des
formations végétales uniques, typiques de La Réunion,
nécessite des mesures de protection forte, de type parc national
ou réserve naturelle. Ceci concerne tous les milieux, mais
une attention particulière doit être portée
aux zones humides de basse altitude, de par leur faible superficie
et les menaces potentielles de comblement ou de pollution. Les zones
tourbeuses d'altitude, moins accessibles et plus étendues,
semblent moins menacées, mais il faut se méfier des
plantes invasives très diversifiées dans l'Ile.
Des études complémentaires sont à mener pour
mieux caractériser les groupements végétaux
et leur dynamique, pour comprendre le fonctionnement hydrologique
des marais côtiers, pour mesurer la turfigenèse en
altitude (des âges de 5000 à 15000 ans sont avancés
pour le mètre de tourbe accumulé localement) et, aussi,
pour poursuivre les études palynologiques à partir
des carottes de tourbe afin de préciser l'histoire récente
de la couverture végétale de l'Ile. La faune non vertébrée
des zones tourbeuses d'altitude pourrait également déboucher
sur des découvertes intéressantes.
Bibliographie
succincte
BARRE N., BARAU A. & JOUANIN C. Oiseaux de La Réunion.
Les Editions du Pacifique, 1996
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Ed. Arts graphiques modernes, 1987
BLANCHARD F. Guide des milieux naturels - La Réunion, Maurice,
Rodrigues. Ed. Ulmer, 2000
CADET Th. Fleurs et plantes de la Réunion et de l'île
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CADET Th. La végétation de l'île de la Réunion.
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CADET Th. Etude de la végétation des zones marécageuses
de La Réunion. Ann. Fac. Sc. de Marseille, tome XLII, 1969.
Conservatoire Botanique de la Réunion. L'île de la
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d'eau douce de La Réunion. Muséum National d'Histoire
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ONF. Nombreux topoguides et plaquettes de sentiers botaniques.
PAILLER T., HUMEAU L. & FIGIER J. Flore pratique des forêts
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éditions, 2000
WINTER M. Paysages et animaux de l'île de la Réunion.
Azalées éditions, 1991
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