Malgré
leur immense valeur patrimoniale et en dépit de la multiplicité
des fonctions qu'elles assurent et dont l'Homme, d'ailleurs, est souvent
le bénéficiaire direct, les tourbières ont subi,
durant plusieurs décennies, d'importantes et continuelles dégradations
découlant des activités humaines.

Jusqu'au
début du siècle, pourtant, les nombreuses ressources
naturelles produites par les tourbières (tourbe combustible,
fourrage, litière végétale, pâture, gibier,
fruits...) étaient exploitées par les populations rurales
pour qui ces écosystèmes précieux représentaient
une réelle source de revenus économiques. Les tourbières
étaient intégrées à la vie économique
et sociale de ces populations et faisaient alors l'objet d'usages
traditionnels extensifs pratiqués de manière le plus
souvent artisanale, parcimonieuse et respectueuse du milieu et du
caractère renouvelable des ressources. Ces ressources, bien
que limitées, étaient tout à fait suffisantes
pour les besoins de l'époque.
Mais ces activités traditionnelles ont été progressivement
abandonnées à mesure du développement économique,
social et démographique de notre pays, des mutations de l'agriculture
et du monde rural, de l'essor de l'aménagement du territoire,
des progrès dans le domaine de l'agronomie, de la sylviculture
ou du machinisme agricole... En même temps que cessaient ces
activités traditionnelles sur de nombreuses tourbières,
alors abandonnées à leur évolution spontanée,
d'autres sites ont progressivement été l'objet de nouvelles
activités ayant pour objectif, sinon la disparition pure et
simple du milieu, au moins son "amélioration" avec,
comme vocation commune, la mise en valeur d'un milieu devenu improductif
au vu des nouveaux critères économiques. Drainages intensifs
agricoles, plantations de ligneux, décharges et dépôts
divers, extractions industrielles de tourbe, creusements d'étangs
et de plans d'eau, ennoiements, remblaiement pour la construction
d'infrastructures diverses..., sont autant d'activités et d'atteintes
qui se sont développées depuis la fin de la seconde
guerre mondiale et ont eu raison de plusieurs dizaines de milliers
d'hectares de tourbières en France.
Aussi, la superficie des tourbières françaises, supérieure
à 200 000 hectares dans les années 1945, s'est vu réduire
de moitié en cinquante ans puisqu'on l'estime aujourd'hui à
moins de 100 000 hectares. Ce triste constat n'est malheureusement
pas l'apanage de la France et c'est l'ensemble des tourbières
européennes qui a connu le même sort, dans des proportions
parfois bien plus dramatiques encore.
Diverses
atteintes et menaces pèsent sur les tourbières : les
drainages à finalité agricole, le
boisement artificiel, l'extraction industrielle
de la tourbe, la
création de plans d'eau et les
autres menaces et causes de destruction.
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