Une tourbière, par définition, est une zone humide,
colonisée par la végétation, dont les conditions
écologiques particulières ont permis la formation d'un
sol constitué d'un dépôt de tourbe. Ces écosystèmes
se caractérisent, en premier lieu, par un sol saturé
en permanence d'une eau stagnante ou très peu mobile privant
de l'oxygène nécessaire à leur métabolisme
les micro-organismes (bactéries et champignons) responsables
de la décomposition et du recyclage de la matière organique.
Dans ces conditions asphyxiantes (anaérobiose), la litière
végétale ne se minéralise que très lentement
et très partiellement. Elle s'accumule alors, progressivement,
formant un dépôt de matière organique mal ou non
décomposée : la tourbe.
Véritable
roche végétale fossile, la tourbe est donc un sol organique
issu de la dégradation incomplète de débris végétaux
dans un milieu saturé en eau. Elle contient au moins 20 % de
carbone (30 % dans le cas de tourbes riches en argiles) et peut s'accumuler
sur plusieurs mètres d'épaisseur, au rythme moyen de
0,2 à 1 mm par an. La plupart des tourbières s'étant
formées après le retrait de la dernière glaciation
(glaciation du Würm, il y a environ 12 000 ans), les dépôts
de tourbe généralement observés ont une épaisseur
comprise entre 50 cm et 5 à 10 m mais ces accumulations prennent
parfois des proportions exceptionnelles comme à la Grande Pile
(70) où le dépôt atteint 19 m. L'épaisseur
du dépôt tourbeux permet d'ailleurs de séparer
les tourbières stricto sensu, dont l'épaisseur de tourbe
est d'au moins 40 cm, des milieux para-tourbeux qui ont une épaisseur
de tourbe inférieure.
Les végétaux édificateurs de la tourbe, essentiellement
des bryophytes (les sphaignes notamment) et diverses plantes herbacées,
sont qualifiés de tourbogènes ou turfigènes.
Une tourbière est active tant que se poursuivent les processus
d'élaboration et d'accumulation de la tourbe à partir
de ces végétaux (processus de t(o)urbification ou turfigenèse).
Si ces processus cessent, la tourbière devient inactive...
mais est parfois susceptible de se régénérer.
Selon
la nature des végétaux dont elles sont issues, les tourbes
présentent des caractéristiques bien marquées.
Ainsi, par exemple, les tourbes blondes issues de la transformation
des sphaignes, sont généralement des matériaux
à faible densité, poreux, acides et riches en fibres
(leur structure est qualifiée de fibrique). A l'inverse, les
tourbes brunes ou noires issues de la décomposition plus avancée
de grands hélophytes sont des matériaux compacts, humifiés,
contenant moins de fibres et dont la structure est qualifiée
de saprique. Il existe, bien évidemment, des tourbes aux caractéristiques
intermédiaires.