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Franche-Comté : Intérêts des tourbières
 

Flore des tourbières

Faune des tourbières


Intérêt géologique

 

Flore des tourbières

Le remarquable intérêt floristique des tourbières du Jura et du Doubs se manifeste par la présence de nombreuses espèces protégées, tant au niveau national que régional. Sur les 256 tourbières recensées, 182 possèdent au moins une plante supérieure protégée. Certains sites présentent jusqu'à 12 espèces protégées. Les quinze espèces suivantes constituent le fleuron botanique des tourbières du massif jurassien :

Andromède (Andromeda polifolia)
Dans le Doubs et le Jura, elle est spécialement abondante (110 stations) mais l'espèce est rare et localisée en France et bénéficie d'une protection intégrale sur le plan national.

Bouleau nain (Betula nana)
En France, il est localisé dans quelques tourbières de l'étage montagnard du Massif Central et du Jura (protection nationale) et se trouve en limite méridionale de son aire de répartition européenne. Le bouleau nain est présent dans 2 tourbières du Val de Mouthe, et à Frasne où il a été introduit.

Calamagrostide raide (Calamagrostis stricta)
Les quatre localités franc-comtoises sont les uniques stations françaises.

Dryopteris à crêtes (Dryopteris cristata)
On compte une station dans le Doubs et une dans le Jura.

Etoile des marais (Carex heleonastes)
En limite occidentale de répartition, elle est en régression. Elle est présente en Haute-Savoie et dans le massif du Jura où 14 stations ont été recensées.

Laîche à long rhizome (Carex chordorrhiza)
En régression au niveau national, le taxon existe actuellement dans le Jura (16 stations) et le Massif Central.

Laîche de Buxbaum (Carex buxbaumii)
Le taxon est rare et disséminé en France. En Franche-Comté, on ne le connaît que dans 4 stations.

Laîche en touffe (Carex cespitosa)
Les tourbières franc-comtoises abritent 8 stations.

Linaigrette grêle (Eriophorum gracile)
On ne compte que 5 stations dans les tourbières du Doubs et du Jura.

Liparis de Loesel (Liparis loeselii)
Dans le Doubs et le Jura l'espèce est connue dans 7 localités.

Lycopode inondé (Lycopodium inundatum)
Il se maintient dans 6 tourbières du Doubs et du Jura.

Rossolis à feuilles longues (Drosera longifolia)
L'espèce est protégée en France et 18 stations sont connues en Franche-Comté.
D. longifolia s'hydride avec D. rotundifolia pour donner D. x obovata, stérile (9 stations dans le Doubs et le Jura).

Drosera longifolia Drosera longifolia

Saxifrage oeil-de-bouc (Saxifraga hirculus)
En régression constante et considéré comme très rare et très menacée, elle se cantonne en France dans 3 stations jurassiennes.

Scheuchzérie des marais (Scheuchzeria palustris)
Rare en France et intégralement protégée, elle peuple 12 tourbières du Jura et du Doubs

Scheuchzérie des marais Scheuchzérie des marais

Utriculaire jaunâtre (Utricularia ochroleuca)
Dans le Doubs et le Jura, 14 stations sont dénombrées.

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Les tourbières des Vosges comtoises possèdent une originalité floristique supplémentaire qui tient au fait que le Sud du massif vosgien forme une enclave atlantique détachée du domaine atlantique. En raison des caractéristiques climatiques particulières des Vosges méridionales soumises à une forte influence océanique, la flore (et notamment celles des tourbières) possède des affinités sensibles avec celle du domaine. Les tourbières de Haute-Saône et du Territoire de Belfort contiennent 16 espèces végétales protégées au niveau national ou régional.

88 tourbières (sur 107) possèdent au moins une espèce protégée (régionale ou nationale). Plusieurs sites comptent 5 ou même 7 espèces protégées différentes.

Une quinzaine de plantes recensées sur les tourbières de Haute-Saône et du Territoire de Belfort sont rigoureusement inféodées à ces milieux. Cela implique que la conservation de ces espèces est étroitement liée à la préservation des sites tourbeux.

Six de ces espèces possèdent un intérêt exceptionnel, étant rares ou en régression à l'échelle française ou internationale. Il s'agit de l'andromède (Andromeda polifolia), du lycopode inondé (Lycopodiella inundata), de la scheuchzérie des marais (Scheuchzeria palustris), de l'utriculaire jaunâtre, (Utricularia ochroleuca) présentées précédemment et également, du rhynchospore brun (Rhynchospora fusca) et du rossolis intermédiaire (Drosera intermedia) :

Rhynchospore brun rougeâtre (Rhynchospora fusca)
Dans notre région, elle se rencontre exclusivement en Haute-Saône, dans seulement 10 stations.

Rossolis intermédiaire (Drosera intermedia)
L'espèce est abondante dans les tourbières des Vosges comtoises (41 stations). De plus, ce sont là les seules stations franc-comtoises car l'espèce est absente du Jura et du Doubs.

Les mousses

Trois groupes de mousses peuvent être définis à partir de critères de rareté et de spécificité écologique dans les tourbières jurassiennes :

Le premier groupe rassemble deux taxons exceptionnellement rares pour l'ensemble de la flore française, qui trouvent dans le massif du Jura la presque totalité de leurs effectifs nationaux : Barbula gigantea et Paludella squarrosa (une seule station dans le Doubs pour chacun).

Le second groupe correspond aux espèces rares, souvent assez bien représentées dans le massif du Jura, mais en régression très sensible : Cladopodiella fluitans, Sphagnum subnitens, Sphagnum warnstorfii, Sphagnum teres, Sphagnum platyphyllum, Fissidens osmundioides, Splachnum ampullaceum, Tayloria tenuis, Bryum cyclophyllum, Bryum neomadense, Cinclidium stygium, Calliergon trifarium, Meesia triquetra, Campylium polygamum, Campylium helodes.

Le troisième groupe réunit des espèces soit encore abondantes dans le Jura, mais localisées, soit des espèces rares au niveau national, soit des espèces dont la survie dépend de la conservation des milieux tourbeux jurassiens : Sphagnum russowii, Sphagnum compactum, Sphagnum tenellum, Sphagnum fuscum, Sphagnum papillosum, Sphagnum squarrosum, Sphagnum girgensohni, Dicranum majus, Sphagnum contortum, Barbula crocea, Bryum schleicheri, Campylopus turfaceus, Calliergon stramineum, Depranocladus lycopodioides, Catoscopium nigritum, Sphagnum inundatum, Scapania paludicola, Jamesoniella undulifolia et Calypogeia meylanii.


Le caractère atlantique de la flore des tourbières vosgiennes est également suggéré par les mousses.
Les tourbières des Vosges comtoises possèdent le cortège classique des sphaignes que l'on rencontre dans les tourbières jurassiennes (Sphagnum magellanicum, Sphagnum rubellum, Sphagnum acutifolium, Sphagnum palustre). On note toutefois la présence de Sphagnum subnitens, rare ailleurs en Franche-Comté et la haute fréquence de Sphagnum denticulatum dans les secteurs tourbeux de contact (grande richesse en variétés de cette espèce dans les Vosges comtoises). Mais surtout, c'est la présence de Sphagnum tenellum, Sphagnum papillosum et Sphagnum compactum qui sont des indices clairs d'atlanticité.



Les champignons

Russula decolorans Russula decolorans

Une trentaine d'espèces sont exclusives des tourbières hautes. Quelques espèces de champignons, très rares, ont une forte valeur patrimoniale et sont en régression nette à l'échelle française et européenne : Suillus flavidus, Lactarius repraesentaneus, Lactarius musteus, Lactarius helvus, Russula consobrina, Russula rhodopoda, Russula helodes, Russula vinosa, Russula decolorans, Russula aquosa, Cortinarius scaurus, Cortinarius collinitus, Hygrocybe coccineocrenata.

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Faune des tourbières

Les Odonates

En Haute-Saône et dans le Territoire de Belfort, quatre espèces d'Odonates peuvent être considérées comme strictement inféodées aux tourbières :

L'aeschne subarctique (Aeschna subarctica elisabethae) est l'espèce la plus exceptionnelle. Cette libellule n'est connue en Franche-Comté que de 3 tourbières des hautes-Vosges et des hauteurs du plateau des mille étangs. L'espèce est localisée en France aux tourbières d'altitude supérieure ou égale à 900 m du Jura et des Vosges (elle semble avoir disparu des Alpes depuis le début des années 80). Les stations franc-comtoises représentent l'extrémité occidentale de l'aire de répartition de cette espèce d'Europe du Nord.
La cordulie des Alpes (Somatochlora alpestris)
La cordulie arctique (Somatochlora arctica). Cette espèce occupe dans les tourbières de la Grande Pile et de l'étang des Monts Reveaux (Saint-Germain, 70), ses stations les plus basses de France.
L'aeschne des joncs (Aeschna juncea), dont toutes les données franc-comtoises proviennent de tourbières. Signalons enfin, le rare agrion hasté (Cœnagrion hastulatum) qui fait l'objet de quelques citations sur les tourbières vosgiennes et jurassiennes.

Six espèces d'Odonates peuvent être considérées comme strictement inféodées aux tourbières du Doubs et du Jura. On retrouve en plus de l'aeschne subarctique (10 stations), la cordulie des Alpes (10 stations) et la cordulie arctique (12 stations) :

La Leucorrhine douteuse (Leucorrhinia dubia), quelques stations
La Leucorrhine à large queue (Leucorrhinia caudalis), vue 1 fois en 1987
La Leucorrhine à front blanc (Leucorrhinia albifrons), 4 stations

Les papillons

Dans le Doubs et dans le Jura, deux espèces de papillon peuvent être considérées comme strictement inféodées aux tourbières :

Le Nacré de la canneberge (Boloria aquilonaris), assez répandu
Le Solitaire (Colias palaeno), relicte glaciaire, environ 30 localités

Le cuivré de la bistorte (Hellia helle) serait mentionné sur quelques tourbières des Vosges comtoises.

Les autres animaux des tourbières

A noter la présence de deux reptiles d'origine septentrionale : la Vipère péliade (Vipera berus) et le Lézard vivipare (Lacerta vivipara). Le premier est présent uniquement dans le domaine jurassien alors que le second occupe l'ensemble des tourbières de Franche-Comté.

Vipère péliade Vipère péliade

Contrairement à celles du massif jurassien, les tourbières du massif vosgien constituent des éléments déterminants du territoire du grand tétras (Tetrao urogallus).
Un autre Tétraonidé, plus petit et moins rare, fréquente aussi les tourbières de Haute-Saône et du Territoire de Belfort : la gélinotte des bois (Bonasia bonasia).
Le hibou des marais (Asio flammeus) est un nicheur très rare en Franche-Comté, mais une nidification a été constatée au début des années 1990 dans une tourbière de la dépression sous-vosgienne.
Le pipit farlouse (Anthus trivialis) est la seule espèce à nicher au sol dans les tourbières à sphaignes non boisées. Ce passereau semble assez répandu dans les tourbières jurassiennes. Il est plus rare dans les tourbières des Vosges comtoises.
Le Sizerin flammé (Carduelis flammea) est un nicheur plus rare des tourbières boisées.
Enfin, les vastes zones humides du bassin du Drugeon constituent un site européen majeur pour l'avifaune (ZICO).

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Intérêt géologique

Les tourbières jurassiennes possèdent un intérêt stratigraphique particulier qui tient au fait qu'elles ont accumulé de la tourbe sans discontinuer depuis la fin du Glaciaire Ancien.

Installées sur les importants dépôts imperméables des dernières glaciations, les tourbières de la dépression sous-vosgienne possèdent également un intérêt stratigraphique particulier qui tient au fait qu'elles n'ont pas été atteintes par le Glaciaire Récent. Ces tourbières ont donc accumulé de la tourbe sans discontinuer depuis la fin du Glaciaire Ancien au contraire des tourbières des reliefs vosgiens, postérieures au Glaciaire Récent.
Par exemple, la tourbière de la Grande Pile (Saint-Germain, 70) est remarquable avec une épaisseur de tourbe atteignant 19 mètres par endroit. C'est un site exceptionnel d'envergure internationale (il s'agit du stratotype de l'Eemien).

Tourbière de la Grande Pile Tourbière de la Grande Pile (70)

 

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