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Franche-Comté : Atteintes subies par les tourbières
 

 

Atteintes subies par les tourbières

Drainage

Il s'agit de la cause la plus courante de dégradation des tourbières étudiées du domaine jurassien.
Dans le domaine vosgien, c'est la deuxième cause de dégradation.
Les drains sont d'origine agricole ou forestière.

 


Drain sur la tourbière de la Grande Pile à Saint-Germain (70)


Tourbage

L'extraction de tourbe a été démontrée sur 111 sites jurassiens et 23 sites vosgiens. Il s'agit d'un minimum, la mise en évidence d'un tourbage ancien n'étant pas toujours aisée. Dans les années 1943-1944, l'exploitation de la tourbière de la Grande Pile à Saint-Germain (70) occupait 30 à 40 ouvriers qui évacuaient la tourbe par un système de wagonnets sur rails. La Grande Pile a été considérablement affectée à cette occasion avec pour conséquence un boisement très actif.

Parfois, l'exploitation est allée jusqu'à son terme et a totalement détruit la tourbière (tourbières du Breuchot à Saint-Bresson, de la Branle à Belmont, du Pré Gabriel à Eloie...). Toutefois, il faut signaler l'extraction industrielle récente (années 1970-80) pour l'horticulture sur deux sites du Bassin du Russey (Doubs).

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Fosse sur la tourbière de la Grande-Pile (70)

 

Création de plan d'eau et gestion des étangs

Il s'agit de la principale cause du déclin des tourbières en Haute-Saône. Ce problème concerne plus de la moitié des tourbières vosgiennes.
61 tourbières vosgiennes ont été affectées partiellement par l'implantation d'un plan d'eau artificiel, sans compter toutes celles qui ont été totalement noyées.
Quarante six tourbières jurassiennes ont été affectées par l'ouverture de plans d'eau artificiels. Il peut s'agir d'étangs de plusieurs hectares ou plus fréquemment de petites mares de quelques ares, les "trous à grenouilles", creusées pour y déposer des nasses. Trois tourbières ont vu l'implantation de bassins de lagunage de traitement d'eaux usées domestiques et, près de Pontarlier, une tourbière a été largement dégradée par une exploitation de granulats.

Sylviculture et travaux forestiers

Les activités sylvicoles sont courantes dans les tourbières du Doubs et du Jura, en particulier dans les pessières sur tourbe. C'est un milieu fragile, dont le maintien apparaît incompatible avec les techniques modernes de débardage (sauf peut-être lors de conditions de gel prononcé du sol). Outre le drainage, les dégradations associées aux travaux forestiers, constatées dans les tourbières jurassiennes sont liées : à des tentatives de plantation (37 sites), à des coupes forestières (20 sites), au passage de véhicules forestiers (28 sites), à la réalisation de places à feu, à des dépôts de branchages.
Les tentatives de plantation forestière dans les tourbières de Haute-Saône et du Territoire de Belfort sont peu nombreuses (10 sites) et se soldent par des échecs patents. Cependant, beaucoup de tourbières se situent en contexte forestier et subissent à cet égard certaines dégradations. Celles-ci sont liées : à des dépôts de branchages, à la réalisation de places à feu et à des passages de véhicules.

Remblais

Dix sites vosgiens et 20 sites jurassiens sont affectés par des dépôts de matériaux. Les atteintes sont de deux types :

- remblaiement des tourbières par leur périphérie avec pour conséquence la destruction des habitats tourbeux et dans certains cas une perturbation hydraulique (barrière hydrologique s'opposant aux libres écoulements) ;

- dépôts de roches et gravats sur les radeaux flottants dans le but de les couler (au moins partiellement), de limiter leur emprise sur le plan d'eau ou de les fixer (il leur arrive de dériver à la surface des étangs). Cette pratique est courante et très dommageable pour les tourbières limnogènes, souvent très riches.

Pollutions

Bien que clairement identifié, ce type d'atteinte est difficile à quantifier. Deux décharges sont à déplorer, dont l'une se trouve sur une des plus belles tourbières de Haute-Saône.

Réseaux électriques

Neuf tourbières vosgiennes et quatorze jurassiennes sont concernées par le passage d'une ligne électrique moyenne ou haute tension.

Loisirs

Beaucoup de tourbières sont associées à des plans d'eau privés. Plusieurs sites font l'objet d'aménagements plus ou moins légers allant du sentier de pêche à la cabane de chasse-pêche (ou d'une caravane), en passant par le ponton d'embarcation.

Autres atteintes

Aux atteintes les plus fréquentes évoquées ci-dessus s'ajoutent dans les tourbières du Doubs et du Jura des dégradations moins répandues, mais tout aussi dommageables pour la qualité du milieu : surpâturage (20 sites), décharges (3 sites), sentiers piétinés (21 sites).
Les autres dégradations subies par les tourbières de Haute-Saône et du Territoire de Belfort sont des atteintes peu fréquentes. Il s'agit du surpâturage observé sur un ou deux sites, de voies de communication ou de captages d'eau (source de la Savoureuse et tourbière du Pont des Fagnes, à Lepuix-Gy, 90).

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Conséquences

Les tourbières ont subi un recul évident qu'il est cependant difficile de chiffrer en l'absence de référence ancienne précise. L'inventaire du Conservatoire des Espaces Naturels de Franche-Comté a pu établir avec certitude qu'au moins 21 sites tourbeux ont été totalement détruits en Haute-Saône et Territoire de Belfort essentiellement à cause du tourbage et de la création de plans d'eau. La liste n'est certainement pas exhaustive et il faut considérer que le déclin des tourbières de ce territoire dépasse sans doute largement le quart du capital tourbeux initial. Le Doubs et le Jura ont vraisemblablement perdu plusieurs centaines d'hectares de tourbières au cours des deux derniers siècles. La dégradation générale des milieux tourbeux induit également la régression des espèces sensibles et la disparition d'espèces rares : - la Sabline dressée (Minuartia stricta), petite Caryophyllacée nordique inféodée aux tourbières, dont la Franche-Comté constituait l'unique bastion français, n'a pas été revue depuis 1958.- le rossolis à feuille ronde (Drosera rotundifolia) a disparu des tourbières de la vallée de la Saône, où elle était signalée par le botaniste Graylois MAIRE au début de ce siècle ;- le pin à crochet (Pinus mugo) a disparu de l'unique station du Territoire de Belfort où il existait, suite à l'aménagement d'un captage d'eau pour la commune de Lepuix-Gy ;- la pilulaire à globules (Pilularia globulifera) a semble-t-il totalement disparu de la zone d'étude (elle était signalée autrefois sur les bords de l'étang du Grand Rosbeck à Belonchamp (70) où se trouvait une tourbière qui n'existe plus aujourd'hui).

 

 

Drosera rotundifolia

 

Menaces

La création de plans d'eau et dans une moindre mesure le drainage, constituent des menaces actuelles et générales pour les tourbières du Doubs et du Jura. Les menaces d'ordre sylvicole sont plus faibles grâce à une bonne prise de conscience de la part des forestiers. Le cas des pessières sur tourbe reste cependant sensible et à surveiller.
Les principales menaces qui pèsent actuellement sur les tourbières de Haute-Saône et du Territoire de Belfort concernent la gestion des étangs et de leurs abords pour les sites associés à des plans d'eau, ou des travaux forestiers pour les sites qui sont bords par des forêts.
Les tourbières basses alcalines et les milieux paratourbeux furent le siège d'activités agricoles de pâturage et de fauche au temps où l'agriculture ne dédaignait pas les terrains les plus difficiles. Le report de l'agriculture sur les terres plus productives, a mis un coup d'arrêt à ces pratiques. Un certain nombre de tourbières ont connu depuis cet abandon un enfrichement rapide qui représente une menace certaine. Enfin, dans les zones cumulant forte densité de tourbières et forte présence humaine (notamment touristique), des menaces sont apparues, liées aux aménagements au sens large (aménagements touristiques avec canons à neige notamment ...). Face à ces atteintes, plusieurs mesures réglementaires de protection ont été mises en place.